Tu viens de récupérer ton résultat d’ECBU et tu lis « présence de cellules épithéliales dans les urines » ? Pas de panique. La présence de cellules épithéliales dans l’urine pendant la grossesse est l’un des résultats qui inquiètent le plus de futures mamans, alors qu’il est dans l’immense majorité des cas sans gravité. Ces cellules pavimenteuses ou transitionnelles s’expliquent le plus souvent par les modifications hormonales, l’augmentation des pertes vaginales ou un simple souci de prélèvement. Dans cet article, je t’explique en tant que sage-femme ce que signifie ce résultat, quelles valeurs sont normales, et dans quels cas consulter.
Pas le temps de lire ?
- Les cellules épithéliales tapissent les voies urinaires et la zone vaginale, elles tombent naturellement dans l’urine.
- Pendant la grossesse, elles sont plus nombreuses à cause des hormones et des pertes vaginales.
- La cause numéro un d’un taux élevé : un prélèvement mal réalisé, sans toilette intime préalable.
- Sous 5 à 10 cellules par champ, c’est considéré comme normal selon les labos.
- Ce qui compte vraiment, ce sont les autres marqueurs : leucocytes, nitrites, bactéries. Eux peuvent signaler une infection.
Qu’est-ce qu’une cellule épithéliale dans l’urine ?
Les cellules épithéliales sont des cellules de revêtement. Elles tapissent l’intérieur de la vessie, de l’urètre, des uretères, mais aussi du vagin et de la vulve. Comme la peau, ces tissus se renouvellent en permanence et perdent naturellement des cellules au quotidien.
Quand on fait une analyse d’urine (bandelette ou ECBU), il est tout à fait normal d’en retrouver quelques-unes. Le sujet devient intéressant uniquement quand elles sont très nombreuses, ou quand elles sont accompagnées d’autres anomalies comme des leucocytes ou des bactéries.
Les deux types principaux à connaître
Sur ton compte-rendu, tu pourras voir deux familles distinctes :
- Les cellules épithéliales pavimenteuses (ou squameuses) : elles viennent du vagin et de la vulve. Très fréquentes chez la femme, encore plus pendant la grossesse, elles sont presque toujours bénignes.
- Les cellules épithéliales transitionnelles (ou urothéliales) : elles viennent de la vessie ou des uretères. Plus rares, elles ont un peu plus d’intérêt diagnostique mais restent souvent sans gravité.
Si ton labo précise « nombreuses cellules pavimenteuses », c’est le scénario le plus fréquent et le plus rassurant chez une femme enceinte.
Pourquoi en trouve-t-on plus pendant la grossesse ?
Si ton ECBU enceinte revient avec des cellules épithéliales en quantité, c’est presque attendu. Plusieurs phénomènes liés à la grossesse expliquent cette augmentation, et aucun n’est inquiétant en soi.
- L’imprégnation hormonale : œstrogènes et progestérone accélèrent le renouvellement des muqueuses vaginales et urinaires.
- L’augmentation des pertes blanches (leucorrhées) : elles sont naturellement plus abondantes pendant les 9 mois et peuvent « contaminer » le prélèvement.
- L’hypervascularisation des muqueuses, qui deviennent plus fragiles et desquament davantage.
- Une modification du pH vaginal, qui modifie l’équilibre de la flore de Döderlein.
Bref, ton corps fabrique plus de cellules et les évacue plus vite. C’est de la physiologie, pas une maladie.
Quelles valeurs sont considérées comme normales ?
Les seuils varient selon les laboratoires, mais voici les repères les plus utilisés pour interpréter un résultat d’ECBU pendant la grossesse.
| Quantité observée | Interprétation |
|---|---|
| Moins de 5 à 10 par champ | Normal, à considérer comme physiologique |
| « Quelques cellules épithéliales » | Banal, surtout enceinte |
| « Nombreuses cellules » ou « amas » | Souvent lié au prélèvement, à recouper avec les autres résultats |
| Cellules transitionnelles en grand nombre | À discuter avec ton médecin si symptômes associés |
Le chiffre tout seul ne dit pas grand-chose. Ce que ton médecin ou ta sage-femme regarde en priorité, c’est la présence ou non de leucocytes, de nitrites et de germes. C’est cette combinaison qui permet de dire s’il y a vraiment une infection urinaire.
Les causes possibles d’un taux élevé
Avant de t’inquiéter, regarde dans cet ordre les explications les plus probables.
- Un mauvais prélèvement (la cause numéro un, et de loin) : pas de toilette intime, premier jet recueilli, flacon contaminé.
- Des pertes vaginales abondantes, très fréquentes pendant la grossesse, qui polluent l’échantillon.
- Une mycose ou une vaginose, qui arrivent souvent enceinte et augmentent les desquamations.
- Une infection urinaire (cystite ou pyélonéphrite gravidique), si elle s’accompagne de leucocytes et de nitrites positifs.
- Plus rarement, une pathologie de la vessie — mais c’est exceptionnel chez une femme jeune et enceinte.
Dans plus de 8 cas sur 10, le coupable c’est tout simplement la technique de prélèvement. C’est pour ça qu’un deuxième ECBU bien réalisé donne souvent un résultat tout à fait propre.
Pourquoi le dépistage ECBU est si important pendant la grossesse
En France, à partir du 4e mois, un ECBU mensuel est recommandé par la Haute Autorité de Santé (HAS) pour toutes les femmes enceintes. Pourquoi ? Parce que la grossesse modifie ton système urinaire et te rend plus vulnérable aux infections.
Quelques chiffres pour comprendre :
- 5 à 10 % des femmes enceintes développent une bactériurie asymptomatique (présence de bactéries sans symptômes).
- 1 à 2 % font une pyélonéphrite gravidique, une infection rénale qui nécessite une hospitalisation.
- Les infections urinaires sont la deuxième cause d’hospitalisation en cours de grossesse, juste après les menaces d’accouchement prématuré.
« Une bactériurie non traitée pendant la grossesse peut entraîner un accouchement prématuré ou un petit poids de naissance. C’est pour ça qu’on dépiste systématiquement, même en l’absence de symptômes. »
Donc même si tu trouves ça contraignant de faire pipi dans un flacon tous les mois, c’est un geste de prévention vraiment utile pour ton bébé.
Quand faut-il consulter sans attendre ?
La présence de cellules épithéliales seule ne justifie pas un rendez-vous en urgence. En revanche, certains signes associés doivent te pousser à appeler ta sage-femme, ton gynécologue ou ton médecin rapidement :
- Brûlures en faisant pipi
- Envies très fréquentes d’uriner (au-delà du « normal » de la grossesse)
- Douleur dans le bas-ventre ou dans le bas du dos
- Présence de sang dans les urines
- Contractions ou pertes inhabituelles associées
Et c’est une urgence si tu as de la fièvre, des frissons ou des nausées : ce sont les signes d’une pyélonéphrite, qui se traite très bien mais ne doit pas attendre. Comme je l’explique dans cet article sur le decidual cast, beaucoup de manifestations de la grossesse paraissent inquiétantes alors qu’elles sont bénignes — mais en cas de doute, on appelle toujours.
Comment bien réaliser son ECBU pour éviter les faux résultats
Un ECBU mal fait, c’est souvent un ECBU à refaire. Voici la méthode que je donne à toutes les femmes que je suis, et qui élimine 9 fois sur 10 le souci des « trop de cellules épithéliales ».
- Lave-toi soigneusement les mains avant de commencer.
- Fais une toilette intime au savon doux ou avec une lingette intime, d’avant en arrière.
- Élimine le premier jet dans les toilettes (ce sont les premières gouttes qui sont les plus contaminées).
- Recueille au milieu du jet, sans toucher l’intérieur du flacon.
- Privilégie les urines du matin, plus concentrées.
- Apporte le flacon au labo en moins de 2 heures, ou conserve-le au frais en attendant.
Si ton résultat te paraît bizarre et que tu n’as aucun symptôme, n’hésite pas à demander à le refaire. Une bonne technique change tout. D’ailleurs, sur le sujet des analyses pendant la grossesse, je te conseille aussi cet article sur les tests urinaires négatifs malgré une grossesse, qui aide à comprendre comment ces tests fonctionnent.
Le mot de Jasmine
Si tu lis cet article à 23h après avoir reçu ton ECBU par mail, je te le redis : la grande majorité des « cellules épithéliales en grossesse » ne veut rien dire de grave. C’est de la biologie normale, accélérée par les hormones. Ce qui compte vraiment, c’est l’absence de leucocytes, de nitrites et de germes.
Si ton résultat t’inquiète quand même, écris ta question dans un coin, dors dessus, et appelle ta sage-femme ou ton gynéco le lendemain. Ils sont là pour ça, et ils préfèrent largement répondre à dix appels « pour rien » plutôt que de rater une vraie infection. Tu fais déjà du bon travail.
Questions fréquentes
Est-ce normal d’avoir beaucoup de cellules épithéliales dans les urines quand on est enceinte ?
Oui, c’est très fréquent. Entre 40 et 50 % des ECBU de grossesse retrouvent des cellules épithéliales en quantité notable, le plus souvent à cause des pertes vaginales et du prélèvement. Ce n’est pas en soi un signe d’infection urinaire.
Cellules épithéliales pavimenteuses urine grossesse, c’est grave ?
Non, dans l’immense majorité des cas. Les cellules pavimenteuses viennent du vagin et de la vulve, pas des voies urinaires. Elles signalent simplement une « contamination » du prélèvement par les pertes blanches, très normales pendant la grossesse.
Pourquoi a-t-on plus de cellules épithéliales dans l’urine pendant la grossesse ?
À cause des hormones, qui accélèrent le renouvellement des muqueuses, et de l’augmentation naturelle des leucorrhées. La vascularisation accrue de la zone génitale et la modification du pH vaginal participent aussi à ce phénomène tout à fait physiologique.
Combien de cellules épithéliales par champ est considéré comme normal pendant la grossesse ?
En règle générale, moins de 5 à 10 cellules par champ microscopique est considéré comme normal. Au-delà, on parle de « nombreuses cellules », ce qui reste très souvent bénin et lié à la technique de prélèvement.
Cellules épithéliales dans l’urine, signe d’infection urinaire enceinte ?
Pas à elles seules. Une infection urinaire se diagnostique avec la présence de leucocytes, de nitrites et d’une bactériurie significative. Si tu n’as que des cellules épithéliales sur ton résultat, sans ces autres marqueurs, il n’y a a priori pas d’infection à craindre.

