Tu viens de découvrir que tu attends des jumeaux et la surprise a fait place aux questions : quels sont les vrais risques ? Comment se passe le suivi médical ? Peut-on éviter une naissance prématurée ? Faut-il changer son alimentation ?
Par Jasmine, nom de plume de la rédaction de Bebecalins · Mis à jour le 28 septembre 2026 · Notre charte éditoriale
Une grossesse gémellaire demande plus de surveillance qu’une grossesse simple, sans pour autant transformer chaque rendez-vous en urgence. Cet article s’appuie sur les recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) consacrées aux grossesses gémellaires, publiées en 2009, et sur les sites officiels de santé. Ton équipe pourra te préciser ce qui a évolué depuis et ce qui s’applique à ta situation.
Pas de panique : l’essentiel est d’être suivie par une équipe qui connaît bien ce type de grossesse, de savoir reconnaître les signes qui doivent faire consulter, et d’anticiper l’organisation de l’après-naissance.
- En bref : tout dépend d’abord du nombre de placentas (la chorionicité), déterminé le plus tôt possible à l’échographie du premier trimestre.
- Grossesse monochoriale (un placenta) : consultation mensuelle et échographie tous les 15 jours selon le CNGOF.
- Risque principal : la naissance prématurée, qui concernait 44,3 % des jumeaux en France en 2003.
- Le repos strict ne diminue pas le risque de prématurité selon le CNGOF : l’adaptation de l’activité se décide avec ton équipe.
- Pas de supplément sans prescription : la vitamine B9 est prescrite dès le projet de grossesse, le fer seulement si besoin.
- Congé maternité salariée pour des jumeaux : 34 semaines au total.
Pourquoi une grossesse gémellaire nécessite un suivi médical spécifique
Les grossesses gémellaires sont devenues plus fréquentes : selon le CNGOF, le taux d’accouchements gémellaires était de 15,6 pour 1 000 en 2008, en hausse d’environ 80 % depuis le début des années 1970. Une partie de cette augmentation est liée à l’âge plus tardif des mères et aux traitements de l’infertilité.
Les principaux risques pour la santé des jumeaux portent sur la prématurité, un petit poids, et une mortalité et une morbidité plus élevées que pour un bébé unique. Les mères, elles aussi, ont un risque accru de complications. C’est pourquoi le CNGOF recommande que le suivi soit assuré par un praticien qui connaît bien ce type de grossesse.
Types de grossesse gémellaire et implications
Le point de départ du suivi, c’est la chorionicité : les bébés partagent-ils ou non le même placenta ? Le CNGOF recommande de la déterminer le plus tôt possible, car plus le diagnostic est précoce, plus il est fiable ; les signes les plus fiables s’observent entre 7 et 14 semaines d’aménorrhée. Chaque compte rendu d’échographie doit mentionner cette information.
- Bichoriale biamniotique (deux placentas, deux poches) : suivi mensuel par un gynécologue obstétricien dans une structure adaptée, avec une échographie mensuelle.
- Monochoriale biamniotique (un placenta, deux poches) : consultation mensuelle et échographie tous les 15 jours, en lien étroit avec une structure expérimentée.
- Monochoriale monoamniotique (un placenta, une seule poche) : suivi en lien étroit avec une maternité de type III, surveillance intensifiée à partir de 27-30 semaines.
Point clé : connaître la chorionicité conditionne la fréquence des échographies et le lieu du suivi. N’hésite pas à demander à ton équipe quel type de grossesse gémellaire tu as.
Quels sont les principaux risques d’une grossesse gémellaire
La grossesse multiple est dite « à risque » parce que plusieurs complications sont plus fréquentes qu’avec un seul bébé. Un suivi adapté permet de les repérer tôt.
Le risque le plus fréquent reste la naissance prématurée (avant 37 semaines) : elle concernait 44,3 % des jumeaux nés en France en 2003, soit un risque près de neuf fois plus élevé que pour un bébé unique, selon le CNGOF.
| Complication | Ce que dit le CNGOF | Surveillance |
|---|---|---|
| Naissance prématurée | Risque principal : 44,3 % avant 37 semaines (données 2003) | Suivi régulier ; consulter en cas de contractions ou de perte de liquide |
| Différence de croissance entre les bébés | Surveillance plus rapprochée si l’écart de poids dépasse 20 à 25 % | Échographies avec estimation du poids de chaque bébé |
| Syndrome transfuseur-transfusé (STT) | Spécifique aux grossesses monochoriales ; urgence obstétricale de diagnostic échographique | Échographie tous les 15 jours, parfois chaque semaine ; traitement dans un centre spécialisé |
| Malformations | 2 fois (bichoriale) à 3 fois (monochoriale) plus fréquentes qu’en grossesse unique | Échographies de dépistage, avis d’un centre pluridisciplinaire si besoin |
| Complications maternelles | Risque accru de complications et d’hémorragie à l’accouchement | Suivi mensuel, accouchement dans une maternité équipée |
Les grossesses monochoriales demandent une vigilance particulière, car les vaisseaux des deux bébés communiquent dans le placenta commun : c’est ce qui explique le risque de syndrome transfuseur-transfusé.
Précautions et recommandations pratiques pendant la grossesse gémellaire
Nutrition : quoi ajuster et pourquoi
Il n’existe pas, dans les sources officielles que nous avons consultées, de supplément calorique chiffré propre à la grossesse gémellaire : nous avons retiré le chiffre de 700 kcal par jour qui figurait dans cet article. Le CNGOF indique en revanche un repère de prise de poids totale de 16 à 24 kg pour une femme dont l’IMC de départ est entre 19 et 25, dans une grossesse bichoriale. Ton équipe t’indiquera l’objectif adapté à ta situation.
- Vitamine B9 (acide folique) : le site 1000 premiers jours recommande de se la faire prescrire sous forme de supplément dès le projet de grossesse. Parles-en à ton médecin ou ta sage-femme.
- Fer : une alimentation équilibrée couvre normalement les besoins, mais certaines femmes sont plus à risque de carence. Fais le point avec ton équipe, et ne prends aucun supplément sans prescription.
- Iode et vitamine D : fais le point avec ton professionnel de santé ; la consommation d’algues est déconseillée pendant la grossesse.
- Au quotidien : fractionner les repas peut aider si les nausées ou la sensation de satiété gênent.
Repos, travail et vie quotidienne
On entend souvent qu’il faut se reposer beaucoup pour éviter un accouchement prématuré. Le CNGOF est clair : chez une femme enceinte de jumeaux sans symptôme, le repos strict ne permet pas de diminuer la prématurité, pas plus que certains traitements préventifs systématiques. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout continuer comme avant : la fatigue, les contractions ou d’autres symptômes peuvent justifier un aménagement ou un arrêt, que ton médecin ou ta sage-femme décidera avec toi.
Côté droits, une salariée du secteur privé qui attend des jumeaux a droit, selon Service-Public, à un congé maternité de 34 semaines : 12 semaines avant l’accouchement et 22 semaines après, avec des possibilités d’aménagement à vérifier selon ta situation. Pour des triplés ou plus, le congé est de 46 semaines.
Échographies et surveillance ciblée
En bichorial, le CNGOF recommande une échographie mensuelle avec estimation du poids des bébés, et un suivi éventuellement plus rapproché au dernier trimestre. En monochorial, l’échographie a lieu tous les 15 jours, parfois chaque semaine, pour repérer tôt un syndrome transfuseur-transfusé ou une différence de croissance.
La mesure de la longueur du col par échographie vaginale peut aider à prédire un risque de prématurité ; le CNGOF précise toutefois qu’il n’est pas démontré que ce dépistage chez une femme sans symptôme diminue la prématurité. Ton équipe décidera si cet examen est utile pour toi.
Organisation pour l’accouchement et l’après-naissance
Le moment de l’accouchement dépend du type de grossesse. Selon le CNGOF : pour une grossesse bichoriale non compliquée, il est recommandé de programmer l’accouchement à partir de 38 semaines et avant 40 semaines d’aménorrhée ; pour une grossesse monochoriale non compliquée, à partir de 36 semaines sans dépasser 38 semaines et 6 jours ; pour une grossesse monoamniotique, une naissance entre 32 et 36 semaines est recommandée, de préférence par césarienne.
Pour les autres situations, le CNGOF n’impose pas une voie d’accouchement plutôt qu’une autre : la décision se prend avec toi, après information sur les risques de la voie basse et de la césarienne. La maternité doit disposer en permanence d’un obstétricien expérimenté dans l’accouchement des jumeaux et d’une équipe pédiatrique adaptée.
Après la naissance, la période est souvent éprouvante : fatigue, organisation, coûts. Prévois un plan d’aide (famille, amis, associations de parents de jumeaux) et renseigne-toi tôt sur la maternité la plus adaptée à ta situation.
- Checklist pratique : identifier la maternité adaptée à ton type de grossesse, garder ton dossier de suivi avec toi, organiser les aides à domicile, préparer la valise pour deux bébés.
- Savoir où te rendre et qui appeler en cas de contractions précoces ou de perte de liquide.
Quand consulter sans attendre
- Contractions douloureuses ou de plus en plus rapprochées, surtout avant terme : consulte sans délai, elles peuvent annoncer un accouchement prématuré.
- Perte de liquide ou saignements : contacte ta maternité ou rends-toi sur place.
- Impression que les bébés bougent moins : selon le CNGOF, cette perception doit conduire à consulter pour vérifier leur cœur.
- En cas de saignement abondant, de malaise ou de douleur intense : appelle le 15 ou le 112.
Sources
- Recommandations pour la pratique clinique : les grossesses gémellaires (2009) — CNGOF
- Les nutriments essentiels au futur bébé — 1000 premiers jours (ministère de la Santé)
- Congé de maternité d’une salariée du secteur privé — Service-Public.fr
- Suivi mensuel de la grossesse à partir du 4e mois — Assurance Maladie (ameli.fr)
- Mort fœtale, Consensus formalisé d’experts 2024 (brochure grand public) — CNGOF
Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’une sage-femme ou d’un pharmacien.
Questions fréquentes
Comment sait-on si la grossesse est monochoriale ou bichoriale ?
Par l’échographie du premier trimestre. Le CNGOF recommande de poser ce diagnostic le plus tôt possible, idéalement entre 7 et 14 semaines d’aménorrhée, car il est alors plus fiable. Il conditionne la fréquence des échographies et le lieu du suivi.
Peut-on prévenir une naissance prématurée ?
Pas toujours. Le CNGOF indique que le repos strict et plusieurs traitements préventifs systématiques ne diminuent pas la prématurité chez une femme sans symptôme. Un suivi régulier permet surtout de réagir vite en cas de contractions ou de complications.
Faut-il des suppléments en acide folique et en fer ?
La vitamine B9 est recommandée sous forme de supplément dès le projet de grossesse, sur prescription. Pour le fer, fais le point avec ton équipe : une supplémentation n’est prise que si elle est prescrite. Ne prends aucun supplément de ta propre initiative.
Le travail doit-il être arrêté systématiquement ?
Pas automatiquement. Le congé maternité est de 34 semaines pour des jumeaux, dont 12 avant la naissance. En dehors de ce congé, un arrêt ou un aménagement se décide avec ton médecin ou ta sage-femme selon tes symptômes.
Quand naissent les jumeaux ?
Selon le CNGOF, l’accouchement d’une grossesse bichoriale non compliquée est programmé entre 38 et 40 semaines, celui d’une monochoriale entre 36 semaines et 38 semaines et 6 jours, et celui d’une monoamniotique entre 32 et 36 semaines.

